Exposition : Les mouvements familiers d’une danse inconnue

Les mouvements familiers d’une danse inconnue

Centre d’art le Lait

Présentation

Les mouvements familiers d’une danse inconnue
Exposition présentée au centre d’art Le Lait du 21 nov 2026 au 7 mars 2027

En suivant l’histoire croisée de trois artistes et chorégraphes qui ont marqué le développement de ce qui est conventionnellement désigné comme l’art minimal et la danse postmoderne américaine, cette exposition collective revient sur le bouleversement des pratiques artistiques amorcées à partir des années 1960, à travers l’utilisation de gestes et de mouvements ordinaires. Les mouvements dits « piétonniers » (pedestrian movement) constituent l’un des apports les plus durables de la scène artistique new-yorkaise. Cette expression désigne à la fois des activités motrices élémentaires, telles que la course ou la marche, une manière quotidienne de les performer, et leur inscription dans le paysage gestuel de la ville. L’émergence de ce matériau se joue autour de quelques œuvres, dont Street Dance (1963-1965) de Lucinda Childs et The Mile-Long Paper Walk (1965) de James Lee Byars, notamment. L’exposition retrace le développement des recherches menées par ces artistes et Andy de Groat qui se cristallisent dans la manipulation d’objets domestiques ou élémentaires, et dans la création de danses ou de performances paysages.

James Lee Byars
The Mile-Long Paper Walk, 1965
Interprété par Lucinda Childs, 25 octobre 1965, Carnegie Museum of Art de Pittsburgh
Fonds Lucinda Childs, Centre national de la danse
Photographe inconnu

Commissaire d’exposition : Lou Forster

Avec les œuvres de :
Lucinda Childs, James Lee Byars, Andy de Groat et Robert Wilson

Au début des années 1960, la danse et les arts visuels opèrent aux États-Unis un tournant majeur : les gestes ordinaires deviennent un matériau à part entière de la création artistique. L’exposition Les mouvements familiers d’une danse inconnue propose une histoire discontinue de cette transformation, qui traverse les différentes tendances de l’art américain d’après-guerre — de l’art minimal à la danse postmoderne, en passant par le pop art — à travers des œuvres de Lucinda Childs, James Lee Byars, Andy de Groat et Robert Wilson.

Marcher constitue l’un des matériaux privilégiés permettant de repenser la création au prisme de l’ordinaire. Cette activité se trouve au chœur de Street Dance (1963-1965), une pièce fondatrice de Lucinda Childs dans laquelle la chorégraphe performe dans une rue de New York, tandis que le public regarde la scène depuis le quatrième étage d’un loft. Cette pièce fait émerger les « activités piétonnières » (pedestrian activities), ces actions quotidiennes envisagées comme des gestes chorégraphiques à part entière, inscrits dans le paysage gestuel de la ville.

En 1965, James Lee Byars fait à son tour de la marche le matériau de The Mile-Long Paper Walk, une sculpture que l’artiste conceptuel et performer désigne comme un « performable ». Un ou une danseuse déploie une bande de papier japonais de plus de 150 mètres, dessinant au sol des formes géométriques. Dans cette œuvre, la marche n’est pas seulement abordée comme un déplacement, elle imprime une ligne de mouvement, esquissant un paysage virtuellement infini.

La manipulation d’objets constitue une autre manière de repenser les relations entre l’art et la vie. Sacs plastique, bigoudis, passoires et lunettes noires peuplent les pièces que crée Lucinda Childs au sein du Judson Dance Theater, un collectif qui rassemble chorégraphes, artistes et compositeurs. Par leur agencement et leur juxtaposition sur le corps de la danseuse, ces objets révèlent leur étrangeté et déplacent l’imaginaire consumériste qui leur est attaché. Chez le chorégraphe Andy de Groat, les objets — cordes ou éventails — deviennent quant à eux des opérateurs du mouvement. Ils prolongent le geste de la marche ou rendent visibles les forces qui contraignent et entraînent le corps lorsqu’il se met à tourner sur lui-même (spinning).

Au cours des années 1970 et 1980, la réflexion de ces artistes sur ces matériaux familiers évolue. Leur intérêt se déplace progressivement des objets eux-mêmes­ vers les systèmes permettant de formaliser et de transmettre une danse. Lucinda Childs recourt au dessin de formes géométriques pour élaborer le diagramme et les partitions de ses pièces, tandis qu’Andy de Groat fait des lettres, de l’écriture et du geste graphique les matrices de nouvelles constructions chorégraphiques. D’abord conçues et performées dans des espaces alternatifs, leurs œuvres sont également présentées sur la scène. En étroite collaboration avec Robert Wilson, ils inventent une nouvelle théâtralité où le mouvement, le corps et l’espace construisent un paysage. Dans les Field Dances, les gestes ne sont plus les éléments d’une action, mais deviennent les termes de relations spatiales changeantes, dessinant un territoire à parcourir.

Les mouvements familiers d’une danse inconnue met ainsi en évidence la manière dont l’irruption du quotidien n’a pas seulement constitué une manière de transgresser les cadres traditionnels de présentation de l’art. Il participe, surtout, à une réinvention des procédés de l’art moderne par une génération d’artistes confrontée à l’essor de la consommation de masse et à l’accélération des transformations urbaines. À partir de la marche ou des objets ordinaires, ils et elles élaborent de nouvelles manières de se situer dans un monde en pleine transformation.

Exposition produite par le Frac Bretagne, le Frac Franche-Comté et le centre d’art Le Lait en collaboration avec le CND, Centre national de la danse.

Commissaire d’exposition, dramaturge et docteur en histoire de l’art, Lou Forster travaille au croisement des arts visuels, de la danse et des sciences humaines et sociales. Depuis 2016, il est à l’initiative d’un chantier d’envergure qui a permis de redécouvrir l’œuvre graphique de Lucinda Childs. Il a participé au comité éditorial de la revue Art 21, travaillé au sein du département curatorial de la documenta 14 et au programme de recherche « Chorégraphies. Écriture et dessin, signe et image (XVe -XXIe siècle) » à l’Institut national d’histoire de l’art. Il est le commissaire de l’exposition live Les jardins de l’avenir, située dans le Parc des Enclos (Normandie) dont la seconde édition aura lieu en juillet 2026. Depuis mars 2026, il est le directeur du département patrimoine, audiovisuel et éditions du Centre national de la danse.

en pratique

  • Centre d'art contemporain - Le Lait

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