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Il était une fois… Les Scènes Nationales


Ils s’appelaient Hubert Gignoux, Pierre Debauche, Jean Dasté, Roger Planchon, Gabriel Monnet, Jean Danet, Jacques Copeau ou Jean Vilar…
Ils étaient dans l’élan d’un théâtre bâti sur le rêve d’une communauté d’acteurs, tous portés par un idéal qu’ils conjuguèrent dans le défi de la Décentralisation théâtrale. Il s’agissait d’offrir la culture au peuple. Non pas à cette « France d’en bas » que certains édiles méprisent encore, non. Au peuple tout entier, à la nation unie dans une même cérémonie, rassemblée. Au public. Ces hommes de théâtre avaient cette foi laïque chevillée au corps depuis la Libération. Cette ferveur se concrétisa dans les premiers centres dramatiques de province, à Rennes, Strasbourg ou Saint-Etienne grâce à Jeanne Laurent, en 1947. Puis elle marqua un pas décisif quand, en 1951, Jean Vilar fut nommé à la tête du Théâtre national populaire.


Ces grands pionniers ont assuré le rayonnement du théâtre qu’ils partagèrent avec des millions de spectateurs, bouleversant à jamais, les structures de toute la vie artistique française. En créant les « Maisons de la Culture », André Malraux, n’eût qu’à faire fructifier l’héritage, ce dont il s’acquitta avec le talent que l’on sait. On est en 1961, le ministre confie à Emile Biasini, le soin d’inventer des « lieux de rencontre et de confrontation entre la culture et ceux qui veulent y accéder, entre ceux qui délivrent le message et ceux qui le reçoivent, entre les artistes et leur public, et tout simplement entre les hommes entre eux ». L’Etat et, à ses côtés, les collectivités locales s’engagent pour la première fois dans le domaine des arts, à donner à tous les Français, les moyens d’accéder au monde de leur époque, à la culture en train de se créer. Les Maisons ont deux ambitions : la plus grande exigence et la plus grande ouverture à tous les champs de l’art. Et les gens suivent. Ainsi à Bourges, ils sont 7 357 adhérents et 50 000 spectateurs à la Maison de la culture en 1966, dans une ville qui compte 65 000 habitants !


Une fierté pour Malraux qui, avec la verve qu’on lui connaît, déclarera « Rien de semblable n’a jamais existé au monde, sous aucun régime, jamais 10 % d’une Nation ne s’est trouvé rassemblé dans l’ordre de l’esprit ». Malraux pariait sur un postulat : le choc que réalise l’œuvre d’art par sa seule présence. Mais la réalité va battre en brèche ces enjeux démocratiques, poussant le Ministère à entreprendre des actions pour favoriser cette rencontre que le « choc » ne crée pas de lui-même. Dès 1968, après cette crise « populaire », le Ministère n’encouragera plus que l’édification d’établissements plus modestes. En 1991, le directeur du théâtre, Bernard Faivre d’Arcier, regroupe un certain nombre d’établissements, dont les maisons de la Culture, sous le label « Scènes Nationales ». Leurs missions sont de trois ordres : s’affirmer comme lieu de production de référence nationale dans les domaines de la création contemporaine ; organiser la diffusion et la confrontation des formes artistiques ; participer dans leur aire d’implantation à une action de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci.


Les scènes nationales proposent une programmation témoignant de toutes les formes de spectacle vivant et des arts plastiques, accueillent, en résidence, des artistes pour soutenir la production d’œuvres d’aujourd’hui et animer des ateliers de sensibilisation sur l’ensemble du territoire avec différents partenaires.
En 2007, il y a 69 Scènes Nationales en France.


Anne Quentin, journaliste culturelle à la Scène



Qu’est-ce qu’une Scène Nationale ?


Le label de Scène Nationale


Crée en 1991 par le Ministère de la Culture, le label « scène nationale » est issu du programme de décentralisation initié par André Malraux dans les années 60 (avec la création des Maisons de la Culture). Il manquait en France un circuit de diffusion et de production des arts de la scène, reconnu par les pouvoirs publics et les professionnels, et composé de lieux fortement ancrés dans leur environnement local.
Aujourd’hui, le réseau des scènes nationales regroupe 70 établissements répartis sur tout le territoire national. Ces « maisons » constituent un des pôles essentiels du théâtre public et de la création artistique en France, donnant vie chaque année à de nombreuses réalisations et facilitant la rencontre entre les artistes et la population.
Associations placées sous le régime de la loi 1901, les scènes nationales sont soutenues par l’Etat via les DRAC et les collectivités locales (Ville ou leur regroupement, Département, Région). Ces autorités confèrent à ces établissements des missions de service public, en même temps qu’il leur donne leurs « titres de noblesse ».
En contrepartie, les scènes nationales sont soumises à un cahier des charges qui se traduit par une série de missions (voir ci-dessous) et sont liées à leurs autorités de tutelle par un contrat d’objectifs qui définit un projet artistique et les conditions de sa mise en œuvre.
Selon Jean-Pierre Cordier, président du conseil d’administration de l’Association des Scènes Nationales , « en rendant compte de la création contemporaine, elles cherchent à tisser de nouveaux liens entre art et société, et créent un rapport de proximité qui favorise la lecture et la compréhension des œuvres de l’esprit. »


Les missions des Scènes Nationales


Outre un financement de l’Etat, les scènes nationales ont aujourd’hui en commun des missions générales formulées en tête de leurs statuts :
Ø « S’affirmer comme un lieu de production artistique de référence nationale, dans les domaines de la culture contemporaine ;
Ø Organiser la diffusion et la confrontation des formes artistiques en privilégiant la création contemporaine (Théâtre, Musique, Lyrique, Danse, Jeune Public...) ;
Ø Participer dans son aire d’implantation (voire dans le Département et la Région) à une action de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci. »
Les scènes nationales se distinguent des autres structures culturelles, principalement par l’interdisciplinarité des formes artistiques proposées, en favorisant la création contemporaine et la prise en compte de l’environnement local.



L’activité artistique des Scènes Nationales


La pluridisciplinarité artistique
La pluridisciplinarité vaut, au premier chef, pour le spectacle vivant : théâtre, musique, danse, arts de la piste, dans la diversité de leurs formes et de leurs expressions. De par les statuts de l’établissement, l’activité doit témoigner des démarches et des recherches d’aujourd’hui, et comprendre également les formes vivantes du répertoire. Elle peut s’élargir à d’autres disciplines, le cinéma et les arts plastiques.


La place des artistes et de la production des œuvres dans les scènes nationales
Au-delà de cette mission de programmation, pour laquelle des scènes nationales doivent demeurer des maisons de référence, l’originalité de leur mission réside aujourd’hui dans la responsabilité croissante qu’elles prennent vis-à-vis des artistes et de la production des œuvres.
Le directeur d’une scène nationale se devra donc de faire le choix de projets artistiques, et de leur accompagnement dans la durée, selon le mode le plus approprié : apports financiers à la production, préachats, apports en compétences techniques et administratives, en industrie…
L’engagement au côté d’artistes suppose des prises de risques, un investissement significatif en apports financiers et/ou en moyens et l’affirmation active de ces choix.
Dans cette optique, une attention toute particulière sera portée à l’émergence de nouveaux talents ou de nouvelles démarches artistiques.
L’apport financier en production devra s’accompagner d’une réelle implication de la scène nationale dans le devenir artistique et économique de l’œuvre.
Ce compagnonnage permettra de définir, en commun avec les artistes concernés, les coûts de production, ceux d’exploitation, et donc le prix de vente, et permettra de procéder de façon optimale à la recherche prospective d’une tournée et de possibilités de reprise ultérieures.
La présence durable d’artistes dans un établissement, c’est aussi une présence dans la cité qui doit être perçue par la population. Il s’agit également d’organiser cette perception, d’en préciser les attentes, notamment de fréquentation des spectacles programmés.


La circulation des œuvres de création et du répertoire
La place tenue par les scènes nationales dans la diffusion des œuvres du répertoire, contemporaines ou anciennes, demeure primordiale.



Le public


Connaître le public
La part prépondérante des fonds publics dans le financement des scènes nationales impose de réaffirmer avec force l’obligation de démocratie culturelle. Chaque scène nationale se doit de procéder à l’analyse fine de la composition de ses publics.


Renouveler et élargir le public
La qualité de la programmation et la présence d’artistes dans l’établissement doivent permettre d’élargir et d’accroître le public : écoles du spectateur, constitution de relais, partenariats avec le monde éducatif et universitaire, avec les enseignements artistiques spécialisés, les comités d’entreprises, les structures socio-éducatives de quartier, les organismes d’insertion (missions locales), les associations d’amateurs… ne peuvent que contribuer à atteindre cet objectif.


D’une autre manière, les dépenses d’information, qui ne sauraient obéir à une logique propre, devront être guidées par le double souci de la fidélisation du public et de son développement. Les publications afférentes seront la traduction d’une information claire et simple pour accéder aux œuvres. On se défiera d’éditions pas trop dispendieuses, réservant ainsi le maximum de moyens à la meilleure médiation qui soit : la rencontre entre les spectateurs, les artistes et les œuvres. La politique tarifaire doit être conçue en fonction des publics existants et potentiels.


L’inscription de l’établissement dans son environnement


Les questions précédemment esquissées à propos du public doivent aussi être abordées à partir d’une donnée plus globale qu’est la population de la ville, de l’agglomération, du département, de la région. Données qui tiennent compte des clivages sociaux, économiques, urbains et géographiques.
Elles devraient souvent conduire l’établissement à sortir de ses murs : spectacles de rue, chapiteaux, musique, danse, théâtre en appartement ou en entreprise… ont souvent démontré leur efficacité, en initiant des liens durables avec des gens que les formes traditionnelles de relation avec le public n’auraient sans doute jamais permis de rencontrer. Encore faut-il que cette action hors les murs de la Scène Nationale fasse montre d’exigences artistiques et techniques comparables à celles qui prévalent dans la préparation de la saison au siège de la scène nationale.
Ces actions peuvent être l’occasion de commandes particulières à des auteurs, des interprètes, des metteurs en scène, des chorégraphes… accueillis ou coproduits au cours de cette même saison, et apporter aux liens ainsi noués dans les quartiers, chez des particuliers, sur des lieux de travail ou de chalandise des prolongements qui porteront certains, un jour, vers la fréquentation régulière du spectacle vivant.
On ne songe pas seulement ici aux personnes frappées par l’exclusion économique, mais aussi à ces catégories de la population qui ont des revenus modestes mais réguliers et qui n’ont, pour autant, jamais poussé la porte d’un théâtre.
Il faut à ce sujet réussir à mobiliser les moyens qui existent, notamment dans le cadre de la politique de la ville, en rappelant, à cette occasion, que les scènes nationales sont des acteurs à part entière de cette politique.
L’activité de la scène nationale doit également prendre en compte celle des autres professionnels qui interviennent sur la même aire géographique pour confronter avec eux leurs pratiques culturelles respectives en prise avec la vie de la cité, clarifier au besoin les fonctions de chacun, voire bâtir avec eux de véritables partenariats.